Les phases énergétiques des entrepreneurs – Partie 1 : Sortir du mythe de la productivité linéaire
L’entrepreneuriat indépendant est souvent vendu comme une voie de liberté. Liberté de choisir ses projets, son rythme, ses clients, son environnement. Mais ce qu’on oublie trop souvent de dire, c’est que cette liberté s’accompagne d’une responsabilité énergétique énorme. Quand tu n’as plus de patron, plus d’horaires fixes, plus de cadre imposé, c’est à toi — et à toi seul — de gérer ton énergie.
Et c’est là que beaucoup se heurtent à une incompréhension majeure : l’énergie d’un entrepreneur n’est pas constante.
Elle évolue. Elle fluctue. Elle passe par des hauts, des creux, des phases de flow, de doute, de saturation, de reconstruction.
Et ce n’est pas un bug du système. C’est la réalité biologique, émotionnelle, mentale et stratégique de toute personne qui crée, qui décide, qui porte une activité sur ses épaules.
Le problème, c’est qu’on nous pousse à ignorer ces cycles. À croire que “les vrais entrepreneurs” sont toujours à fond. Toujours dans l’action. Toujours dans la croissance. Toujours au clair.
La vérité est tout autre. Et c’est ce qu’on va poser ici.
Non, ton énergie n’est pas un réservoir constant
Tu peux avoir une bonne hygiène de vie, une organisation millimétrée et une activité rentable… et te sentir vidé. Parce que l’énergie entrepreneuriale ne dépend pas uniquement de ton corps ou de ton agenda. Elle dépend aussi de ton sens, de ton rapport au risque, de ton environnement émotionnel, de la qualité de tes décisions.
Et surtout : elle est cyclique.
C’est-à-dire qu’elle traverse des phases naturelles, aussi prévisibles que le climat, même si leurs durées varient. Les ignorer, c’est risquer de se cramer, de s’auto-culpabiliser ou de prendre des décisions précipitées au mauvais moment.
Tu ne peux pas être en mode création 100% du temps.
Tu ne peux pas être en mode conquête 100% du temps.
Tu ne peux pas être en mode visibilité, en mode production, en mode stratégie… en même temps, tout le temps.
Et pourtant, c’est ce que beaucoup essaient de faire. Jusqu’à s’épuiser.
Les quatre grandes phases énergétiques : une première cartographie
Tous les entrepreneurs ne vivent pas exactement les mêmes cycles, mais il existe quatre grandes phases que l’on retrouve chez la plupart, de manière plus ou moins marquée :
| Phase | Énergie dominante | Risques si ignorée | Opportunité |
|---|---|---|---|
| Expansion | Enthousiasme, vision, élan | S’éparpiller, dire oui à tout | Lancer, se rendre visible, innover |
| Stabilisation | Clarté, structuration, rigueur | S’ennuyer, se brider | Optimiser, poser des bases solides |
| Doute / friction | Confusion, fatigue, saturation | Remise en question brutale, blocage | Réévaluer, trier, affiner |
| Repli / recharge | Vide, retrait, recentrage | Culpabiliser, vouloir relancer trop tôt | Se reconnecter, préparer le rebond |
Ces phases ne sont ni bonnes ni mauvaises. Elles sont nécessaires.
Et ce n’est pas parce que tu es en “phase basse” que tu fais fausse route.
Le problème, ce n’est pas la baisse d’énergie. Le problème, c’est de vouloir la combler immédiatement au lieu de l’écouter.
Le cycle n’est pas linéaire. Il est vivant.
Ces phases ne se suivent pas mécaniquement comme un planning. Tu peux vivre une micro-phase de doute au milieu d’un grand moment d’expansion. Tu peux passer deux semaines en retrait juste après un lancement intense. Tu peux vivre une stabilisation longue, suivie d’un nouvel élan bref mais ultra puissant.
Ce qui compte, ce n’est pas de prévoir ces phases au millimètre.
C’est d’apprendre à les reconnaître quand elles arrivent, pour ne pas les subir.
Exemples concrets :
- Tu satures alors que tout fonctionne → probablement une phase de friction mal identifiée
- Tu n’as envie de rien créer → c’est peut-être une phase de repli normale, après une grosse montée
- Tu as dix idées à la minute → profite de la phase d’expansion, mais sans brûler toutes tes cartouches
- Tu ressens un besoin de structurer → parfait pour une phase de stabilisation, souvent négligée
Chaque phase te donne un message. Mais si tu l’ignores, tu risques de forcer… et de faire les mauvais choix au mauvais moment.
L’erreur : forcer l’action dans les creux, freiner l’élan dans les montées
Une erreur fréquente, c’est de croire que l’efficacité vient de la constance. Mais c’est faux. L’efficacité vient de l’ajustement. Savoir quand accélérer, quand ralentir, quand reposer ta vision, quand activer l’exécution.
Les entrepreneurs les plus solides ne sont pas ceux qui produisent tout le temps. Ce sont ceux qui savent honorer leurs rythmes sans se juger.
Et ce n’est pas un sujet “bien-être”. C’est une question de performance durable.
Les phases énergétiques des entrepreneurs – Partie 2 : Identifier ta phase pour faire les bons choix au bon moment
Reconnaître que l’énergie évolue par cycles, c’est un premier pas. Mais encore faut-il savoir dans quelle phase on se trouve, et comment agir en fonction. Car ce qui fait mal dans l’entrepreneuriat, ce n’est pas tant de vivre des hauts et des bas : c’est de poser les mauvaises actions dans la mauvaise phase, par automatisme ou par pression.
Vouloir vendre en pleine saturation.
Repenser tout son business en phase de fatigue.
Structurer quand tu es dans un élan créatif.
Créer un nouveau programme alors que tu n’as pas fini de digérer le précédent.
Ces erreurs ne sont pas dues à un manque de motivation. Elles viennent d’un manque d’écoute stratégique. Alors entrons dans le détail.
🔥 Phase 1 : L’expansion – L’élan créatif et l’envie de tout changer
Tu la reconnais à :
- Des idées à la pelle
- Une montée d’adrénaline
- Des prises de conscience rapides
- L’envie d’être visible, de créer, de tester
C’est la phase où tout semble possible. Tu es inspiré, motivé, disponible. Tu peux travailler longtemps sans t’épuiser, lancer un projet en quelques jours, parler de ton offre avec facilité.
Le piège ? L’euphorie non canalisée.
Tu veux tout faire, tout dire, tout lancer. Tu t’éparpilles. Tu sur-promets. Tu crées sans poser de structure. Tu dis oui à des collaborations que tu regretteras plus tard.
Et tu risques de cramer ton énergie avant d’avoir construit quelque chose de durable.
👉 À faire dans cette phase :
- Noter toutes tes idées mais n’en exécuter qu’une ou deux
- Lancer une action rapide (offre, campagne, contenu) mais avec un cadre clair
- Profiter de l’élan pour écrire, vendre, réseauter
- Planifier déjà un temps de stabilisation à venir
🧱 Phase 2 : La stabilisation – Structurer, ancrer, professionnaliser
Tu la reconnais à :
- Un besoin de ralentir un peu
- L’envie de mettre de l’ordre
- Le plaisir de peaufiner les détails
- Une certaine lucidité sur ce qui fonctionne ou pas
C’est la phase où tu reprends les choses en main. Tu poses des process, tu ajustes ton offre, tu optimises ton site, tu gères les finances. Tu n’es pas dans la “folie créative”, mais dans une forme de maturité. Tu consolides.
Le piège ? L’ennui ou le perfectionnisme.
Tu peux croire que tu stagnes. Tu peux vouloir relancer trop vite “quelque chose de neuf” parce que tu n’as pas l’impression d’avancer. Tu peux aussi tomber dans la micro-optimisation sans fin.
Résultat : tu interromps la phase alors qu’elle était nécessaire.
👉 À faire dans cette phase :
- Finaliser ce que tu as lancé en phase 1
- Poser des limites claires dans ton agenda
- Revoir ton système de vente, ton tunnel, ton onboarding
- Identifier ce que tu veux garder / arrêter dans tes habitudes
🌫️ Phase 3 : Le doute ou la friction – Le creux nécessaire
Tu la reconnais à :
- Une perte d’élan
- Des questions existentielles sur ton positionnement
- Une irritation ou un agacement envers ton propre business
- Un désalignement flou, sans cause immédiate
C’est la phase inconfortable, mais essentielle. Tu sens que quelque chose ne colle plus, mais tu ne sais pas encore quoi. Tu es tenté de tout jeter. Ou de “t’accrocher” à ce que tu connais.
Mais ce que cette phase te demande, c’est de creuser, pas de réagir dans la panique.
Le piège ? Les décisions radicales trop rapides.
Tu changes ton branding, tu abandonnes ton offre, tu pars dans une formation de plus… Bref, tu cherches une solution externe à un malaise interne.
Et souvent, tu recrées exactement le même problème ailleurs.
👉 À faire dans cette phase :
- Noter ce qui ne te convient plus (offres, client, rythme…)
- Ne rien lancer de neuf tant que tu n’as pas clarifié ce qui coince
- Discuter avec un pair ou un coach pour objectiver le flou
- Te donner le droit de ne pas “performer” pendant quelques semaines
🌑 Phase 4 : Le repli / la recharge – Silence, pause, retour à soi
Tu la reconnais à :
- L’envie de disparaître temporairement
- Une fatigue qui ne se règle pas avec une nuit de sommeil
- Le besoin de ralentir sans but précis
- Un rejet de la pression, des injonctions, du monde extérieur
C’est la phase que beaucoup redoutent. Parce qu’elle n’est pas “productive”. Parce qu’elle oblige à être plutôt que faire. Et pourtant, c’est souvent dans ce vide apparent que tu retrouves ton cap.
C’est une phase de décompression après un effort prolongé, ou de digestion profonde après un changement de cycle.
Le piège ? La culpabilité.
Tu crois que tu perds ton temps. Tu te compares. Tu essaies de relancer l’activité alors que tu n’as pas rechargé. Tu remets en route des mécaniques par peur de manquer.
👉 À faire dans cette phase :
- Te recentrer sur des routines minimales (sommeil, nourriture, nature, corps)
- Écouter sans chercher à interpréter
- Éviter les grandes décisions stratégiques
- Te rappeler que cette phase a une fin (elle est utile, pas éternelle)
Ton énergie est un système d’information
Chaque phase te parle. Elle ne dit pas : “tu vas mal”. Elle dit : “cette partie de ton business ou de ta posture demande à être revue”.
Et quand tu apprends à les reconnaître, ces phases ne sont plus des obstacles. Elles deviennent des outils de régulation et d’évolution.
Les phases énergétiques des entrepreneurs – Partie 3 : Piloter ton activité avec intelligence cyclique
Comprendre les cycles énergétiques, c’est bien. Mais ce qui change vraiment la donne, c’est apprendre à les intégrer dans la gestion quotidienne de ton business. À ne plus subir tes variations d’énergie, mais à en faire des repères. Des leviers. Des filtres de décision.
C’est là que ton approche change de niveau.
Tu ne bosses plus “quand tu peux”, “quand tu dois”, ou “quand il faut”.
Tu travailles en conscience de ton état, de ton cycle, de tes fenêtres de puissance.
Et ça, ce n’est pas du confort. C’est de la stratégie.
Apprendre à anticiper les transitions : les moments charnières sont les plus critiques
Une transition entre deux phases est le moment le plus fragile.
Tu passes d’une expansion à un doute → tu te sens nul d’un coup.
Tu sors d’une recharge → tu veux aller trop vite.
Tu es en friction → tu cherches une solution au lieu de laisser émerger une clarté.
Tu veux stabiliser → mais tu es déjà en train de relancer un nouveau projet.
Ce qui t’épuise souvent, ce n’est pas la phase elle-même. C’est le passage mal géré entre deux états.
Ce qu’il faut faire à ce moment-là :
- Nommer ce qui se passe. “Ok, je suis en train de sortir de ma phase d’expansion. Je sens la tension.”
- Ralentir au lieu d’accélérer.
- Créer de l’espace de transition (1 ou 2 jours off, écriture, nature, bilan…).
- T’empêcher de prendre des décisions irréversibles dans le flou.
Plus tu acceptes que la dynamique entrepreneuriale est non linéaire, plus tu sécurises ton système.
Construire un planning cyclique : allier structure et flexibilité
L’objectif n’est pas de “prédire” dans quelle phase tu seras chaque mois.
L’objectif est de créer une structure adaptable, dans laquelle tu peux te positionner avec souplesse.
Quelques pratiques utiles :
| Outil / rituel | Objectif | Fréquence |
|---|---|---|
| Bilan énergétique | Évaluer ton état (envie, clarté, fatigue) | Chaque fin de semaine |
| Planification modulable | Poser les gros objectifs du mois mais prévoir des marges | 1 fois par mois |
| Semaine sans rendez-vous | Se réserver une semaine “libre” pour ajuster en temps réel | 1 par trimestre |
| Journée “blanche” | Zéro tâche prévue → permet d’écouter ta phase du moment | À insérer après chaque gros projet |
L’idée n’est pas de travailler moins.
L’idée est de travailler mieux, selon ta phase.
Quand tu es en feu, tu avances à fond. Quand tu es flou, tu recalibres. Quand tu es vidé, tu te poses.
C’est ça, l’intelligence cyclique : savoir comment tu fonctionnes, et le respecter dans ton organisation.
À long terme, les phases deviennent des alliées de croissance
Il faut le dire clairement : les entrepreneurs qui durent sont ceux qui savent s’écouter sans perdre le cap.
Ce ne sont pas ceux qui travaillent le plus. Ni ceux qui enchaînent les stratégies.
Ce sont ceux qui savent :
- Quand se montrer, quand se retirer
- Quand capitaliser, quand déconstruire
- Quand produire, quand ralentir
- Quand oser, quand stabiliser
Et ça, ce n’est pas une compétence “soft”. C’est une capacité de pilotage haut niveau.
Elle t’évite de saboter tes élans.
Elle te protège de l’épuisement.
Elle te permet de naviguer les creux sans paniquer.
Tu gagnes en lucidité. En agilité. En ancrage.
Et ton business te le rend.
Tu n’as pas besoin d’être constant. Tu as besoin d’être conscient.
C’est ça le fond du sujet.
Le but n’est pas de devenir une machine qui fonctionne pareil tous les jours.
Le but est de devenir un entrepreneur conscient de ses rythmes, capable de poser les bonnes décisions au bon moment, avec les bonnes ressources.
C’est cette conscience-là qui rend ton business :
- Plus résilient
- Plus humain
- Plus intelligent
Et c’est ça, l’entrepreneuriat durable.
📌 Aller plus loin
Tu veux construire un business qui respecte tes cycles, ton énergie, ton intelligence naturelle — sans renier l’efficacité ni la structure ?
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👉 https://baptistenoury.com/entrepreneurs-du-kiff/
Tu y trouveras une autre manière d’entreprendre : plus fine, plus libre, plus lucide.


